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Sécheresse dans la Loire : quels effets sur le travail, l’organisation et l’emploi dans l’agri-agro ?

La sécheresse dans la Loire ne concerne pas seulement les cours d’eau, les retenues ou l’irrigation. Derrière chaque arrêté préfectoral, il y a des exploitations agricoles, des ateliers agroalimentaires, des salariés, des saisonniers et des équipes qui doivent continuer à travailler dans des conditions de plus en plus difficiles. Pour la CFDT Agri-Agro, l’eau est aussi une question d’organisation du travail, de sécurité, de cadences, d’horaires, d’investissements et d’emploi.

Depuis la mi-juin 2026, la situation hydrologique s’est rapidement dégradée dans le département de la Loire. Après le passage de l’ensemble du département en vigilance, plusieurs arrêtés préfectoraux ont successivement placé de nouvelles zones en alerte, puis en alerte renforcée.

Ces décisions sont nécessaires pour préserver l’alimentation en eau potable, les milieux aquatiques et les différents usages de la ressource. Mais elles ont aussi des conséquences très concrètes sur les conditions de travail. Modifier les périodes d’irrigation, réduire certains prélèvements, adapter les opérations de nettoyage ou réorganiser une production ne se fait pas sans impact sur les salariés.

Ce qui change dans la Loire

Situation connue au 13 juillet 2026, susceptible d’évoluer en fonction de nouveaux arrêtés préfectoraux.

  • 18 juin : l’ensemble du département de la Loire est placé en vigilance sécheresse.
  • 24 juin : les zones Forez–Ance-Mare-Bonson et Rhins-Sornin passent en alerte.
  • 29 juin : les zones Aix et Fleuve Loire Amont passent également en alerte.
  • 3 juillet : les zones Gier, Sud Loire et Monts du Lyonnais sont placées en alerte.
  • 9 juillet : la zone Pilat Sud passe en alerte et le dispositif de gestion du barrage de Grangent et du canal du Forez est activé au niveau de l’alerte renforcée.
  • 10 juillet : la zone Forez–Lignon-Vizézy passe en alerte, tandis que Forez–Ance-Mare-Bonson et Rhins-Sornin passent en alerte renforcée.

Les zones Pilat Sud, Fleuve Loire Amont, Aix, Gier, Sud Loire et Monts du Lyonnais demeurent en alerte. Les autres secteurs du département restent, à cette date, placés en vigilance.

Le canal du Forez occupe une place particulière. Propriété du Département, il permet l’irrigation de près de 6 000 hectares dans la plaine du Forez et participe notamment à l’alimentation en eau brute de la ville de Feurs. Son passage en alerte renforcée montre combien la gestion de l’eau concerne simultanément l’agriculture, les collectivités, l’activité économique et l’approvisionnement des populations.

L’eau est aussi un outil de travail

Dans une exploitation agricole, l’eau sert à irriguer, abreuver les animaux, nettoyer les installations, refroidir certains équipements ou assurer les conditions sanitaires indispensables à la production. Dans une usine agroalimentaire, elle peut intervenir comme ingrédient, dans les procédés de fabrication, le refroidissement, la production de vapeur, le nettoyage et la désinfection des lignes.

Une restriction d’eau ne se traduit donc pas uniquement par la fermeture d’un robinet. Elle peut imposer de modifier les horaires, de décaler certaines tâches, de revoir les séquences de production, d’organiser autrement les lavages, de renforcer la maintenance ou de réduire temporairement certaines activités.

Ces changements doivent être préparés. Ils ne peuvent pas être décidés au dernier moment, puis compensés par une augmentation des cadences ou par une disponibilité permanente demandée aux salariés.

« On ne peut pas demander aux salariés de compenser par davantage de pénibilité ce qui n’a pas été suffisamment anticipé par l’organisation et l’investissement. »

salarié agricole travaillant à l’aube dans un champ

Des horaires décalés qui ne sont pas sans conséquences

Lorsque l’irrigation ou certains usages sont interdits pendant les heures les plus chaudes, les travaux peuvent être reportés tôt le matin, en soirée ou pendant la nuit. Ce déplacement des horaires peut sembler logique sur le plan technique, mais il modifie profondément la réalité du travail.

Il peut entraîner des journées fractionnées, une réduction des temps de repos, une augmentation du travail isolé et des difficultés supplémentaires pour concilier la vie professionnelle et la vie personnelle. Les risques routiers, les accidents liés à la fatigue et les difficultés de surveillance des équipements doivent également être pris en compte.

Dans les exploitations comme dans les entreprises agroalimentaires, les changements d’horaires doivent être discutés avec les salariés et leurs représentants. Les contreparties, les temps de pause, les transports, les majorations applicables et le respect des repos doivent être examinés avant toute nouvelle organisation.

La sobriété dans l’usage de l’eau ne doit pas conduire à une multiplication des horaires atypiques sans garanties collectives.

Fortes chaleurs et sécheresse : un risque cumulé

La sécheresse s’accompagne souvent de températures élevées. Pour les salariés agricoles travaillant à l’extérieur, les personnels chargés de la maintenance, les caristes, les équipes des quais ou les salariés présents dans des ateliers déjà chauds, les risques peuvent rapidement s’accumuler : déshydratation, fatigue, baisse de vigilance, malaise ou coup de chaleur.

Depuis le 1er juillet 2025, les obligations de prévention contre les épisodes de chaleur intense ont été renforcées. L’employeur doit notamment évaluer les risques, adapter les procédés et l’organisation du travail, agir sur les horaires et les périodes de repos, aménager les postes et garantir une quantité suffisante d’eau potable fraîche à proximité des travailleurs.

Prévoir quelques bouteilles d’eau ne constitue donc pas, à lui seul, un plan de prévention. Il faut également examiner la charge physique, les équipements de protection, les températures réelles aux postes, l’aération des locaux, la fréquence des pauses et les procédures permettant de signaler rapidement un malaise.

Les salariés saisonniers, intérimaires, sous-traitants ou nouvellement embauchés doivent bénéficier du même niveau d’information et de protection. Ils sont parfois les plus exposés, alors même qu’ils connaissent moins bien les lieux, les procédures et les personnes à alerter.

Dans l’agroalimentaire, économiser l’eau sans dégrader la sécurité alimentaire

Dans les industries agroalimentaires, la réduction des consommations ne peut pas se faire au détriment de l’hygiène, de la qualité des produits ou de la sécurité alimentaire. Les opérations de nettoyage et de désinfection doivent continuer à répondre aux exigences sanitaires.

Les économies doivent donc être recherchées par la suppression des fuites, la modernisation des installations, l’optimisation des systèmes de nettoyage, le recyclage en boucle fermée lorsque cela est possible et la réutilisation d’eaux adaptées à des usages qui ne nécessitent pas une qualité potable.

À l’échelle nationale, 344 industries agroalimentaires valorisaient déjà des eaux non conventionnelles à la fin du mois de février 2026. Ces solutions montrent que des transformations sont possibles, à condition d’être techniquement maîtrisées, conformes aux règles sanitaires et financées dans la durée.

Les salariés doivent être associés à ces projets. Ce sont eux qui connaissent les cycles de production, les pertes réelles, les contraintes des lignes, les difficultés de nettoyage et les incidents qui ne remontent pas toujours dans les indicateurs de direction.

Quels effets possibles sur l’activité et l’emploi ?

Une ressource en eau insuffisante peut réduire les rendements agricoles, fragiliser l’autonomie fourragère, modifier les volumes collectés et, à terme, peser sur l’activité des entreprises de transformation. Les effets peuvent se transmettre à l’ensemble de la filière : élevage, collecte, abattage, transformation, conditionnement, logistique et distribution.

Dans les entreprises, une baisse ou une interruption de production peut avoir des conséquences sur les contrats saisonniers, l’intérim, les heures supplémentaires et les emplois les plus précaires. À l’inverse, certaines périodes peuvent provoquer une surcharge de travail afin de rattraper la production ou de traiter rapidement des matières premières fragilisées par la chaleur.

La CFDT refuse que l’ajustement repose systématiquement sur les salariés : suppression brutale de vacations, rappels pendant les repos, changements de planning permanents ou intensification des cadences.

Les entreprises doivent élaborer plusieurs scénarios avant la crise : adaptation temporaire des productions, mobilisation de périodes de maintenance, formation des salariés, entretien des équipements, changement d’affectation et sécurisation des revenus. L’activité partielle ne doit intervenir qu’après examen des autres solutions et dans le cadre d’un dialogue social réel.

Le CSE doit pouvoir agir avant que la crise n’éclate

Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le comité social et économique doit être informé et consulté sur les décisions qui affectent l’organisation, les conditions d’emploi, la durée du travail, la santé et la sécurité, ainsi que sur les conséquences environnementales de ces mesures.

Les élus CSE peuvent donc demander des informations précises sur la dépendance du site à la ressource en eau, les restrictions applicables, les consommations par activité, les investissements prévus, les procédures en cas de rupture d’approvisionnement et les effets possibles sur l’emploi.

Ils doivent également exiger l’intégration des risques liés à la sécheresse et aux fortes chaleurs dans le document unique d’évaluation des risques professionnels et dans le programme annuel de prévention.

La question de l’eau doit enfin être abordée lors des consultations sur les orientations stratégiques, la situation économique et financière, la politique sociale, les conditions de travail et l’emploi. Elle ne peut pas rester cantonnée au service environnement, à la maintenance ou à la direction technique.

Les demandes de la CFDT Agri-Agro

Face à la multiplication des épisodes de sécheresse, la CFDT Agri-Agro demande que chaque exploitation et chaque entreprise concernée engage un véritable travail d’anticipation.

  • Un diagnostic partagé de la dépendance à l’eau, avec des données compréhensibles sur les usages, les pertes, les risques et les marges d’économie.
  • Un plan de continuité de l’activité précisant les mesures prévues pour chaque niveau de restriction et leurs conséquences sur les horaires, la production et l’emploi.
  • La consultation des représentants du personnel avant toute modification importante des horaires, des cadences ou de l’organisation du travail.
  • Une prévention renforcée de la chaleur, avec des mesures adaptées à chaque poste et pas uniquement des recommandations générales.
  • Des garanties pour les salariés précaires, notamment les saisonniers, intérimaires, travailleurs des entreprises extérieures et salariés à temps partiel.
  • Un programme pluriannuel d’investissement consacré à la détection des fuites, aux circuits fermés, à la récupération, à la modernisation des équipements et à la réutilisation sécurisée de certaines eaux.
  • Des formations et des évolutions de compétences permettant aux salariés de participer à la transformation des procédés et à la gestion plus sobre de la ressource.
  • Une conditionnalité sociale des aides publiques afin que les financements consacrés à l’adaptation soutiennent également l’emploi, les qualifications et l’amélioration des conditions de travail.

Décider avec celles et ceux qui font vivre la filière

La Chambre d’agriculture de la Loire appelle à sécuriser la ressource en eau et à faire évoluer les politiques publiques face à la succession des épisodes de chaleur et de sécheresse. Le Département soutient également des investissements destinés à économiser l’eau potable et à moderniser certains réseaux agricoles.

Ces débats sont indispensables, mais ils doivent intégrer toutes les dimensions de la transition. Sécuriser la ressource, c’est protéger l’eau potable, les milieux naturels, les productions et l’activité économique. C’est aussi protéger les personnes qui travaillent.

Les salariés, leurs représentants et les organisations syndicales doivent donc avoir toute leur place dans les échanges territoriaux sur l’eau. Ils peuvent apporter une connaissance essentielle du travail réel et des conséquences concrètes des décisions prises.

Pour la CFDT Agri-Agro, l’adaptation climatique ne peut pas être une simple suite de mesures d’urgence. Elle doit devenir un projet collectif, anticipé, négocié et financé.

« La transition doit se construire avec les salariés, et non se faire à leurs dépens. »

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Vous êtes concerné par les restrictions d’eau ?

Vous êtes salarié agricole, salarié de l’agroalimentaire, élu CSE ou représentant syndical dans la Loire ? La CFDT Agri-Agro peut vous accompagner pour analyser les conséquences des restrictions d’eau sur votre travail et intervenir auprès de votre employeur.

Article préparé à partir des informations disponibles au 13 juillet 2026. La situation et les restrictions peuvent évoluer rapidement. Avant publication, consultez les derniers arrêtés diffusés par la préfecture de la Loire.

Publié par Jérôme Stravianos, 0 commentaire