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Hébergement sous tente des saisonniers : la CFDT Agri-Agro saisit le Conseil d’État

Sous la tente, en pleine canicule

Loger davantage de saisonniers sous tente, et plus longtemps : c’est la réponse que le gouvernement vient d’apporter à la pénurie de logements agricoles. Une réponse que la CFDT Agri-Agro juge inacceptable. Après la publication d’un nouvel arrêté au Journal officiel, la Fédération a saisi le Conseil d’État pour en obtenir le retrait.

Trente ans de « solution provisoire »

Chaque été, des milliers de saisonniers rendent possibles les vendanges, les récoltes, l’arboriculture ou le maraîchage. Sans eux, de nombreuses exploitations ne pourraient tout simplement pas faire face aux pics d’activité. Mais depuis près de trente ans, une question reste sans réponse sérieuse : où et comment les loger ?

En 1996 déjà, une dérogation avait autorisé, sous conditions, l’hébergement sous tente des travailleurs agricoles dans le sud de la Loire. Elle devait être temporaire. Trente ans plus tard, elle est toujours là et le gouvernement vient de l’étendre au lieu de la faire disparaître.

Un arrêté qui passe outre l’opposition des syndicats de salariés

Le projet n’était pourtant pas une surprise. Dès le 30 juin, lors du Comité national de pilotage sur la prévention du mal-être en agriculture, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard avait annoncé sa volonté d’élargir le dispositif. Un vote consultatif avait ensuite réuni une opposition claire chez les syndicats de salariés : CFDT Agri-Agro, Fnaf-CGT et FGTA-FO ont voté contre, la CFE-CGC et la CFTC se sont abstenues, tout comme la FNSEA côté employeurs.

Malgré cela, l’arrêté a été publié le 25 août 2026 (NOR : AGRS2511089A). Il fixe des règles minimales pour les tentes utilisées hauteur d’au moins deux mètres, sol isolant, literie adaptée, armoires individuelles, installations sanitaires, accès à une eau potable et fraîche en quantité suffisante en cas de forte chaleur mais ne remet pas en cause le principe même de loger des travailleurs sous toile pendant tout l’été.

Autre détail qui interroge : le choix de limiter l’extension aux départements correspondant à la Bourgogne et au Beaujolais suscite l’incompréhension, d’autant que la préfecture de Saône-et-Loire avait elle-même révoqué une dérogation locale en mars dernier. Quelques mois plus tard, l’État l’accorde de nouveau, cette fois par voie nationale.

« Depuis trente ans, la dérogation est présentée comme provisoire »

Pour Benoît Delarce, secrétaire national de la CFDT Agri-Agro, le constat est sans appel. Comme il le résume dans le communiqué de la Fédération : « Depuis trente ans, la dérogation est présentée comme une solution provisoire » avant d’ajouter que, trente ans plus tard, le problème de fond n’est toujours pas résolu.

Pour la CFDT Agri-Agro, élargir aujourd’hui cette dérogation revient à acter, une fois de plus, l’absence de politique du logement pour les saisonniers plutôt qu’à la construire.

Sous la tente, en pleine canicule

C’est l’argument que la Fédération porte depuis plusieurs mois : on ne peut pas dissocier la question du logement de celle de la santé au travail. Les saisonniers enchaînent des journées physiquement éprouvantes, en particulier l’été. Ils ont besoin de pouvoir récupérer dans des conditions dignes.

Or les épisodes caniculaires sont de plus en plus fréquents et intenses. Autoriser l’hébergement sous tente pendant les quatre mois les plus chauds de l’année, ce n’est pas un détail administratif : c’est une question de santé et de sécurité pour des travailleurs déjà exposés.

Des salariés agricoles comme les autres

Au-delà du texte lui-même, c’est une question d’égalité que pose la CFDT Agri-Agro. Les salariés agricoles ne sont pas une main-d’œuvre à part : ce sont des salariés à part entière, avec les mêmes droits à la dignité, à la santé et à la sécurité que tous les autres travailleurs. Il ne peut pas exister un droit du travail à plusieurs vitesses.

La Fédération regrette surtout l’absence d’évaluation concrète de la situation actuelle et l’absence de toute trajectoire de sortie de ces solutions précaires. Personne ne nie les difficultés que rencontrent certaines exploitations pour loger leurs saisonniers, ni la réalité de la pénurie de logements à proximité des bassins d’emploi agricoles. Mais un problème structurel appelle une réponse structurelle pas davantage de tentes, dans davantage de départements, pendant davantage de temps.

La CFDT Agri-Agro devant le Conseil d’État

Face à un texte publié malgré l’opposition des syndicats de salariés, la CFDT Agri-Agro a décidé de porter le combat sur le terrain juridique. Par l’intermédiaire de son avocat, la Fédération a engagé les procédures visant à empêcher, dans les plus brefs délais, la mise en œuvre de l’arrêté du 20 août.

Pour la CFDT Agri-Agro de la Loire, l’enjeu dépasse la seule question technique des normes applicables aux tentes. Il s’agit de défendre une idée simple : toute personne qui, par son travail, fait vivre notre agriculture doit pouvoir se loger dans des conditions dignes, protectrices de sa santé et de sa sécurité.

 



Arrêté du 20 août 2026 relatif à l’hébergement des travailleurs agricoles : la CFDT Agri-Agro saisit le Conseil d’État

Publié par Jérôme Stravianos dans CFDT Agri-Agro, 0 commentaire